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13 avril 2008

Délivrez-nous du mal : Le bon dieu sans confession

cddcb4756a64ba8a4503c6232c1761b6.jpgOliver O’Grady incarnait « ce qui ressemblait le plus à l’image que l’on se fait de Dieu ». Chaque matin, il lisait la Bible. Le soir, il priait avant d’aller s’endormir. Peu après qu’il s’installe en Californie, au milieu des années 70, sa bonhomie contagieuse lui vaut déjà les faveurs de nombreuses familles américaines. Lui, le prêtre irlandais d’une vingtaine d’années, à peine débarqué sur le nouveau continent qu’il s’efforce déjà à perdre son accent.

« Nous l’avons fait entrer dans la bergerie. Lui, c’était le loup, moi, j’étais la gardienne. Je l’ai laissé rentré chez moi, dans ma famille, et il a tout détruit ». Derrière l’image du prêtre O’Grady, pieux et vertueux, se cache la figure d’un prédateur insatiable. De 1974 à 1984, il reconnaît le viol de plus de 25 enfants. Quelques uns de ses témoins estiment le nombre de ses victimes à plusieurs centaines. En 1993, il est condamné à 14 ans de prison.

Le documentaire d’Amy Berg, Délivrez-nous du mal, sorti le 8 avril, retrace le périple du père Oliver O’Grady à travers la Californie. Il emménage à Lodi, pas loin de Sacramento pour officier à l’église Saint-Anne. Les premières affaires sortent, mais le clergé veille à protéger les siens. La loi du silence avant toute chose. Au courant, l’archevêché de Los Angeles décide de déplacer O’Grady de 80 kilomètres. Son nouveau terrain de chasse, Stockton. Puis Turlock. Puis San Andreas. Puis Hughson.

L’Eglise catholique prend la décision de muter O’Grady dans un nouveau périmètre à chaque fois que le pédophile est sur le point d’être inquiété. Au total, il officiera pendant 22 ans. L’archevêque Roger Mahony, devenu depuis cardinal, est le principal responsable de cette tragédie. Craignant une crise dans son évêché, il sacrifie tous ces enfants au maniaque, sur l’autel d’une respectabilité à sauvegarder.

La vérité est parfois difficile à regarder. Délivrez-nous du mal est une plongée de deux heures, en apnée, dans les entrailles de la misère humaine. « Je veux me promettre à moi-même qu’il s’agit là de la plus honnête de mes confessions » garantie Oliver O’Grady. Dans un ultime sursaut, c’est le pape en personne qui en prend pour son grade. Benoît XVI est accusé par la réalisatrice d’avoir couvert tous ces agissements.

Pour en savoir plus, visitez le site officiel du documentaire.


 Amy Berg répond ici à un magazine américain. Elle revient sur sa réalisation dans la vidéo ci-dessous. 

22 mars 2008

Voir Sicko et mourir

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Michael Moore sort une fois encore l’artillerie lourde. Dans Sicko, il attaque bille en tête : flinguer le système de santé américain. Comme d’habitude, c’est du Moore. Une mauvaise foi énorme, des parallèles douteux et un humour décapant au service de sa croisade à lui : militer pour une couverture universelle de santé aux Etats-Unis.

Première béquille de Citizen Moore, les exagérations spectaculaires. « Des Américains qui prient tous les jours pour ne pas tomber malade » apprend-on dès l’introduction. L’image est choc : la plaie ouverte, un homme se recoud le genou tranquillement. L’air de dire, « je fais ça tous les jours ».

Autre péché mignon de Super Mike, les témoignages biaisés. Moore aime jouer de la corde populiste. Des victimes "victimisées" par sa caméra, des puissants insensibles à la misère humaine. Le message est efficace, simple à recevoir, mais la ficelle est sans doute moralement questionnable.

Sicko est aussi l’objet de raccourcis douteux. Les prisonniers de Guantanamo sont filmés jouant au football dans leur cages. Le commentaire off nous apprend que l’Etat américain met à leur disposition tout un appareillage sanitaire. Comment...Des prétendus terroristes mieux traités que les héros du 11 septembre.

L’humour de Moore sauve le documentaire. Il en fait un film partisan, et assumé comme tel. Moore ne fait pas de journalisme, il fait du militantisme. Il ne s'efface pas pour laisser parler les autres, il s'impose à l'écran, et ce faisant, il est plus honnête envers son public. Sicko, c'est sa vision. Partagée ou non, elle fait réfléchir. Et c'est déjà pas mal.
 
Michael Moore s'explique dans cette vidéo, en anglais : 


 

Pour les autres, voici la bande-annonce de Sicko en français, sorti le 17 octobre dernier :  

 
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